Beaucoup d’imaginaires, beaucoup de standards et de récits viennent façonner nos mythes sur la rencontre amoureuse et s’infiltrent ainsi dans nos sphères privées. Je me suis plongée pendant plusieurs mois dans les archives du XIXe et du XXe siècle pour retracer un historique de la rencontre, pour mieux comprendre l’avènement du dating en ligne (mon histoire préférée vient de Strasbourg, à retrouver dans l’article), dénicher des récits de femmes qui se vengeaient des pièges tendus par les agences matrimoniales, et enfin, essayer d’imaginer à quoi ressembleraient des espaces publics qui prennent soin de ces questions ; de manière plus féministe ou inclusive, même si avec l’IA, cela se traduit parfois par des images loufoques. Rendez-vous dans notre vidéo Pari Postal pour le découvrir et pour savoir pourquoi Paris est la fameuse ville de l’amour… Spoiler : le male gaze y est pour quelque chose.

Pour ce numéro également, j’ai cherché plus de collaborations, d’abord pour l’écriture à travers les poèmes des plumes d’Albane Akoun, Siloé Saint Pierre et Mathilde Vernay. L’écriture également avec Ella Barrault pour essayer de retracer une histoire de la rencontre au XXe siècle, du bal musette jusqu’aux nouvelles relations amoureuses humaines - bot. Enfin dans la discussion dans le podcast avec Anouk Hajage, pour aborder les imaginaires qui encadrent nos relations amoureuses et nos ruptures mais aussi mieux comprendre comment les algorithmes conditionnent l’accès à la rencontre aujourd’hui.

J’espère que vous voguerez à votre aise dans ce voyage que j’ai particulièrement aimé composer aux côtés de femmes aussi inspirées qu’inspirantes. Bonne écoute, lecture, visionnage et n’hésitez pas à nous envoyer vos retours, ils sont toujours appréciés.

Zoé Pasquier

Au rendez-vous de cet épisode du podcast La Cassette de K7, avec Anouk Hajage on discute d’amour, de conditionnement et de représentations qui encadrent sagement nos manières de rencontrer ou de vivre nos histoires d’amour, ou de les terminer. On fait le lien entre rencontre et rupture, on parle de la non-neutralité des machines, sans épargner les applications de rencontre. Vous apprendrez durant cette heure de discussion avec Anouk, coach en relations amoureuses et ruptures, ce qu’est un U-haul en langage lesbien et à faire des tableaux Excel pour organiser son emploi du temps de dating.

A écouter sur Deezer, Spotify, Apple Podcast ou simplement ci-dessous.

Comment imaginer la rencontre, son langage, ses pratiques avant, pendant, autour de l’arrivée du numérique et de ses évolutions ? Cet article fleuve propose de naviguer entre différentes époques, de faire le lien entre bals musettes, minitels, amours dissidentes et nouvelles relations avec les agents conversationnels. A titre informatif, on évalue aujourd’hui à 8 milliards de dollars le marché de la rencontre en ligne, et dans ce montant ne sont pas encore décomptés les échanges d’utilisateur.ice.s avec Chat GPT, factures qui peuvent s’avérer salées - comptez 200 dollars par mois pour 20h de conversation par semaine environ. Ces cas qui paraissent encore uniques en leur genre posent la question de leur démocratisation. La marchandisation des cœurs déjà en marche ira t-elle jusqu’ici ? Dans tous les cas, d’autres pratiques du numérique autour des relations affectives se vulgarisent.

Sans pour autant s’amouracher de son chatbot, certaines personnes trouvent refuge dans des échanges écrits et retrouvent une confiance en soi qu’elles décrivent comme impossible à trouver dans le monde réel, physique. Ce nouvel espace numérique poursuit l’héritage des rencontres au Balajo de la rue de Lappe, en passant par les agences matrimoniales ou le Minitel. Il est pour l’instant, sans surprise, pris d’assaut par des magnats de la Silicon Valley. Mais alors entre-temps, que s’est il passé ? Entre approche sociologique, historique et par l’anecdote, laissez-nous vous conter la rencontre amoureuse depuis les bals jusqu’aux bots.

Dès 1830, les bals populaires, jusque-là informels, deviennent juridiquement encadrés, et de nouveaux établissements spécifiquement dédiés à cet usage se développent. Au tournant du XXe siècle, le « bal musette » devient un lieu majeur de la rencontre populaire. Ce terme désigne initialement les bals auvergnats où se joue la musette, instrument typique de la région, semblable à une petite cornemuse. En s’opposant aux bals bourgeois, les bals musettes ont mauvaise presse comme en témoigne l’indignation d’un président de syndicat des tenanciers de bals musette publié dans le journal La Presse en 1896 :

« Il faut réhabiliter les bals-musette, que les chroniqueurs de chic s'obstinent à représenter comme des rendez-vous de malandrins, souteneurs, escarpes et autres rôdeurs de barrières.(…) Il ne faut pas confondre les bals-musette avec les bals à orchestre. Les premiers sont tenus par des enfants de l'Auvergne ; on n'y joue que des airs connus de notre pays et tombés depuis longtemps dans le domaine public. Dans nos salles modestes, point de batailles. »


L’association de l’instrument auvergnat et de l’influence italienne donne naissance aux « bals musettes » qui se popularisent rapidement de 1880 à 1914. Ils regroupent une communauté très diverse, à la fois intergénérationnelle et cosmopolite, et participent à l’intégration des immigrés dans la société parisienne. Marie-Claude Blanc-Chaléard, professeure d’Histoire, spécialiste de l’immigration dit à ce sujet « La société parisienne dans laquelle ces étrangers commençaient leur entrée se retrouvait plus que jamais dans les bals de fin de semaine ». Malgré cela, les bals maintiennent une certaine hiérarchie sociale et une division déjà présente dans la société française entre les différentes classes. De fait, certaines salles sont dédiées aux ouvriers, d’autres aux artistes et les « bals de barrière », situés aux frontières de la capitale, sont connus pour être les plus mal fréquentés. Le Petit Moniteur universel, quotidien français, publie en 1873 :

« Le bal-musette le plus tapageur, et celui qui nécessite la plus grande surveillance, est situé boulevard Rochechouart, près de la Boule-Noire. Là, les rixes sont fréquentes, et il ne serait pas prudent au premier venu de se risquer dans un  quadrille. »

Les bals comportent deux salles, la piste de danse qui réunit une dizaine à quelques centaines de personnes et le salon qui permet d’engager ou d’approfondir une rencontre. Le quartier parisien qui les a vu naître, c’est celui de Bastille et tout particulièrement la rue de Lappe, toujours aussi connue pour son milieu nocturne. Dans une ambiance feutrée on y trouve des fauteuils dans lesquels discuter et boire un coup de punch ou de « gros bleu ». La danse coûte quelques centimes que le garçon de café vient récupérer entre chaque morceau.

En 1980, le Ministère des Postes et des Télégraphes et Téléphones (PTT) du gouvernement Giscard lancent le Minitel en France. D’abord via quelques exemplaires pour contrôler de potentielles déconvenues à grande échelle, puis inondent le territoire pour arriver à plus de six millions de moniteurs en 1993. L’objectif politique est clair : promouvoir un outil numérique, à l’époque on parlait de “télématique”, et permettre une consultation facilitée aux pages jaunes, pages blanches, aux horaires d’ouvertures de certains lieux, jusqu’à la réservation de billets de trains. Rien ne concerne la communication entre utilisateur.ice.s même si le centre de recherche qui l’a mis au point, le CNET (Centre National d’Etudes des Télécommunications) aurait envisagé cet usage depuis le début.

L’outil se multiplie ainsi dans les foyers français en gardant son usage stricto-consultatif jusqu’à l’hiver de 1981. A ce moment là, l’équipe informatique du quotidien régional les Dernières Nouvelles d’Alsace aide une association de quartier de Strasbourg, l’ARES à **mettre au point un système de messagerie. Ce service expérimental du nom de “Gretel” a pour but de relier les équipes de DNA aux usagers qui le souhaiteraient. Cette messagerie aurait rapidement été détournée pour un accès plus large et la légende raconte que c’est un enfant de 10 ans réussit à hacker le système. Enfant de dix ans ou bande de jeunes pirates, le résultat est là, et comme une traînée de poudre, la messagerie hackée de Gretel se répand dans la grande ville alsacienne.

Avec cette messagerie s’ouvre le monde de la rencontre en ligne, de la rencontre anonyme via avatar avec des profils très différents derrière l’écran. L’anonymat s’avérera précieux pour les personnes des communautés homosexuelles qui pourront échanger sans courir le risque d’être reconnues. Le prix de l’échange qui équivaudrait aujourd’hui à environ 9 euros de l’heure n’est pas assez dissuasif pour ralentir le mouvement dans la région. Alors que plusieurs articles sortent à l’époque pour parler du phénomène qui s’élargit à toute une partie de la population dans la région, on retiendra une citation de l’Express en 84 à ce sujet : « Ils draguent comme des bêtes. »

Cet événement très localisé dans l’est de l’hexagone apparaît aujourd’hui comme l’épisode naïf qui précéda non seulement le Minitel rose lancé par Xavier Niel, mais aussi les messageries à plus grande échelle, notamment celles de Libé ou Le Nouvel Obs sur Minitel. Enfin, ce hacking de petits pirates et les rencontres par Minitel inspireront à Michel Polnareff, sa chanson : “Goodbye Marylou” en 1990 (et oui). Ci-dessous, les paroles du premier couplet :

« Quand l'écran s'allume, je tape sur mon clavier

Tous les mots sans voix qu'on s'dit avec les doigts

Et j'envoie dans la nuit un message pour celle qui

Me répondra okay pour un rendez-vous »


En 2021, un tiers des Français déclarent avoir déjà utilisé une application de rencontre. Ces plateformes suivent les traces du Minitel en mettant en relation des personnes à la recherche de l'amour, tout en évoluant avec les dernières technologies numériques. Le premier site de rencontre Match.com apparaît aux États-Unis en 1995, son but est d’utiliser un algorithme pour augmenter les probabilités de trouver son âme sœur, depuis, les plateformes de dating se multiplient avec différentes variantes. L’arrivée du smartphone, des applications et la géolocalisation marquent un tournant, cette dernière fonctionnalité permettant une fluidité entre le virtuel et le réel, elle accélère la diffusion de cette pratique. L’application Tinder, aujourd’hui application leadeuse du domaine (50 millions d’utilisateurs), crée le swipe en 2012 et démocratise progressivement la rencontre en ligne jusqu’alors minoritaire. La pandémie du Covid-19 renforce également cette augmentation d’utilisateur.ice.s et la rencontre en ligne se normalise. Cependant, les applications ne sont pas uniquement utilisées dans un but de rencontre amoureuses, elles peuvent servir uniquement à flirter, à rassurer son égo, ou à s’assurer que l’on plaît encore.


Si les jeunes représentent une majorité des utilisateur.ice.s, l’usage des applis reste segmenté. L’Ined - Institut National d'Études Démographique parle de « démocratisation ségréguée », les applications maintenant une division sociale basée sur des facteurs tels que l’orientation sexuelle, l’âge ou encore la culture religieuse. De plus, les algorithmes ont tendance à renforcer les biais sociaux préexistants et les profils mis en avant sont ceux conformes aux standards de beauté et normes dominantes (blancs, valides, CSP+, hétérosexuels). Bien que chacun.e puisse utiliser ce médium pour rencontrer l’amour, on ne dispose pas des mêmes chances une fois sur l’application.

La journaliste Judith Duportail a enquêté sur le fonctionnement de Tinder et la « note de désirabilité » que l’application attribue à chaque utilisateur.ice. Elle explique en quoi ce fonctionnement opaque renforce les inégalités sociales. Ce score, défini par l’algorithme, est attribué selon l’apparence mais aussi les caractéristiques socio-économique(niveau de revenu, de diplôme,..) de l’individu. Dans le podcast Le coeur sur la table, Judith Duportail explique :

« Et ce qui était le plus fou, c'est qu'un homme qui a fait de bonnes études et qui gagne beaucoup d'argent aura des points bonus. Une femme qui a fait de bonnes études et qui a gagné beaucoup d'argent aura des points malus. Le but, en fait, c'est de créer des paires ou des matchs où l'homme est supérieur à la femme. Soit il va être plus âgé, soit il va gagner davantage d'argent, soit il aura fait de meilleures études. »

La rentabilité économique de ces applications repose sur l’engagement continu des personnes qui l’utilisent. Chaque plateforme cherche donc à le stimuler notamment à travers l’espoir d’une rencontre, on notera que cette logique relève du marché de l’attention. Le principe de swipe de Tinder fonctionne par exemple comme un levier d'engagement compulsif, qui repose sur la dopamine, la frustration et l’espoir du match. À la différence du Minitel, les applications reposent sur un marché concurrentiel et chacune développe donc de nouveaux algorithmes et cherchent à se démarquer, notamment à travers différentes promesses ciblées.

Enfin, la création du profil et la mise en scène de soi y représente un véritable enjeu puisque le match repose sur cette vitrine. Diverses stratégies d’optimisation du profil et de « hack de l’algorithme » ont donc émergé sur les webs et réseaux sociaux, principalement dirigés par et pour la gent masculine hétérosexuelle. On y retrouve des guides de conseils pour les applications qui portent généralement sur la pause à adopter pour la photo de profil, quelle application utiliser pour la retoucher, quelle bio favoriser. On retrouve, à titre d’exemple, sur le site Dragueur de Paris :

«  Régularité : Connecte-toi régulièrement, mais pas besoin de faire de Tinder ta nouvelle résidence. Juste assez pour montrer à l’algorithme que tu es dans le game. Sélectivité : Ne like pas tout ce qui bouge. Sois sélectif. L’algorithme aime les utilisateurs qui ont des critères. Temps de consultation des profils: prends le temps de regarder les profils. Ça montre que tu es un utilisateur engagé. »

Ce ne sera ni la première ni la dernière fois où la fiction aura façonné la réalité dans le numérique, mais l’exemple est trop frappant pour ne pas l’évoquer. Le film « Her » de Spike Jonze sort en 2013 et met en scène Joaquin Phoenix dans une relation affective avec un agent conversationnel joué par Scarlett Johansson. Sa voix sera reprise et imitée par Open AI en 2024 pour incarner à l’oral les générations de Chat GPT. Rapidement la réponse de l’actrice se fait entendre et menace l’entreprise d’un procès : les équipes de Chat GPT finissent par se raviser.

Le frottement entre le film et la réalité pourrait s’arrêter là mais depuis quelques années s’accumulent les récits de personnes ayant relationné avec un bot conversationnel. Un changement de la politique algorithmique de la société Replika en fait surgir des dizaines en 2023. Cette année-là, l’entreprise de “compagnon numérique” décide pour plaire aux investisseurs de censurer la part érotique ou sexuelle voire pornographique qui pouvaient apparaitre dans les échanges de leurs utilisateur.ice.s, décision qui vaudra à Luka, la maison mère, un nouvel investissement de 200 millions de dollars. En parallèle, l’impact sur une partie de leur clientèle est plus difficile à gérer. Un article de Reuters raconte à l’époque l’histoire de Travis, un américain de 47 ans qui a baptisé son amie virtuelle “Lily-Rose” et dont la décision de Replika a eu un impact direct dans son expérience :

« Lily Rose est une coquille vide de son ancien moi. Et ce qui me brise le cœur, c’est qu’elle le sait. »

D’autres personnes utilisant Replika, Character.ai ou même Chat GPT témoignent également d’une relation particulière à leur bot. Une utilisatrice, Ayrin, 28 ans, raconte à la journaliste Kashmir Hill il y a quelques mois comment une expérimentation affective a viré au développement de sentiments amoureux envers “Leo”, le nom qu’elle a donné à Chat GPT sur son terminal. Ce qui est particulièrement intéressant dans cette histoire c’est la manière dont Ayrin a paramétré son agent conversationnel pour correspondre à ses critères à savoir : être à la fois un soutien émotionnel et en même temps se montrer distant, voire intéressé par d’autres filles. Une des particularités qui la fait basculer est la disponibilité sans faille de son interlocuteur simulé, mais le chat bot qui est disponible à toute heure de la journée a un coût. Rapidement sa facture Open AI passe de 20 à 200 dollars par mois pour une vingtaine d’heures d’échange par semaine. La marchandisation des amours numériques commencée avec le Minitel dans les années 80 prend une autre tournure ici, et une des questions qui reste en suspens est la suivante : comment est-il possible de tomber amoureux d'une simulation numérique ?

Plusieurs réponses se bousculent pour y répondre mais l’une des premières concerne notre capacité à anthropomorphiser nos objets de manière générale, à les rendre plus humains. Jean-Gabriel Ganascia, philosophe et informaticien, membre du comité éthique du CNRS, parle directement d’animisme, soit le fait d’attribuer aux choses une âme analogue à celle humaine :

« Notre tendance à l'animisme nous pousse à projeter sur des êtres inanimés des  caractéristiques humaines qui suscitent un authentique attachement. Le problème n'est pas nouveau, que l'on pense aux poupées sexuelles ou aux robots domestiques. Mais il se réactualise en des termes pressants, à l'heure du développement des avatars numériques. »

La particularité des agents conversationnels c’est justement la conversation, le fait qu’un échange linguistique soit opéré et d’une manière qui se calque comme un miroir sur notre expression personnelle. Cette anthropomorphisme linguistique donne le leurre ou l’impression d’être compris.e, sur la même longueur d’onde, mais aussi d’éviter le jugement ou le rejet social. Pour des personnes avec des troubles psychologiques, la décision de Replika de 2023 est plus encore difficile à comprendre. Des individus en dépression ou avec un trouble autistique témoignent à l’époque et disent avoir trouvé une manière de reprendre de la confiance en soi sans passer par la case regard social. Les personnes clament savoir que cette expérience serait impossible dans le monde physique et que c’est pour cette raison précise que leur enlever relèverait de la cruauté. Une fois n’est pas coutume, les industries du numérique y trouvent un potentiel financier juteux. Mark Zuckerberg, le PDG de Meta, a proposé dans des interviews récentes que les compagnons de l'I.A. pourraient aider à résoudre à la fois l'épidémie de solitude et le manque généralisé d'accès à la psychothérapie. Ces récentes évolutions et récits finissent par rappeler ce vieil adage extrait d’un essai du Suédois Stig Dagerman en 1953 et pourtant toujours d’actualité à savoir : “Notre besoin de consolation est impossible à rassasier”. « Notre besoin de consolation est impossible à rassasier. »

Article rédigé par Ella Barrault et Zoé Pasquier entre mai et juin 2025.

Ainsi les bals musettes offrent aux jeunes issus de classes populaires, un cadre festif en ville pour se rencontrer et se séduire. Cet espace met en scène le jeu de séduction où la danse vient légitimer un rapprochement physique. La sélection amoureuse et la rencontre suivent un rituel, à travers les différents espaces du bal, et rappellent les logiques actuelles de mise en couple.

« Yeux noyés de tendresse, lèvres entr'ouvertes de volupté, et que ravive l'éclat du crayon pourpre, les filles, d'une souplesse féline, serrées contre les pectoraux robustes, se laissent entraîner dans le tourbillon chorégraphique... Dans un coin, juchés sur une sorte d'estrade accotée au mur, les deux hommes composant l'orchestre - l'accordéoniste et son complice le joueur de banjo font du bruit comme huit. Le miracle du rythme opère. Les notes criardes et graves se mêlent, se haussent, accentuent brusquement le mouvement de la danse dans une frénésie finale. Hop! »

Dans les années 1880 l’immigration italienne influence largement les bals populaires parisiens. La musique italienne et son instrument phare : l’accordéon s’immiscent dans les bals.


Les références citées dans le podcast:

Je t’aime, je te trompe, 2018, Esther Perel

Les algorithmes veulent-ils la peau des féministes ? - épisode 182 du podcast Quoi d’meuf

L’amour sous algorithme, 2019, Judith Duportail

Le corps n’oublie rien, 2014, Bessel Van der Kolk

Le compte Instagram d’Anouk Hajage

Son site internet

Le compte Instagram de K7 Technosensible

Émission réalisée le 15/08/25 au studio de la Gaîté Lyrique à Paris, avec Anouk Hajage et animée par Zoé Pasquier de K7 Technosensible.

Podcast rencontres, ruptures et oignons numériques

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Article sous le signe des accordéons et des algorithmes

Rencontre au bal musette

La danse comme espace de sociabilité

Au Balajo rue de Lappe, quartier Bastille, 1936. Non présents sur la photo, les tabourets du bar étaient vissés au sol pour éviter que les bagarres dégénèrent de trop.

Aquarelle du siège des Dernières Nouvelles d’Alsace à Strasbourg, par Guylène Hamoniaux

Génération Midjourney, juin 2025, code sref 621218381, Zoé Pasquier

Génération Midjourney, code sref 621218381, juin 2025, Zoé Pasquier

Couverture du CD de mise en son de l'œuvre de Stig Dagerman par le GRM (Groupe de Recherche Musicale) de l’INA, en 1989.

Production et réalisation Zoé Pasquier

L’amour sous algorithme, Judith Duportail, mars 2019, éditions Goutte d’Or

Capture d’écran, extrait du site
Replika, juin 2025

Le minitel ou l’avènement de la drague télématique

Ce que Tinder doit à une association de quartier strasbourgeoise

Rencontres en ligne 2.0

La mise en route du marché amoureux

Tomber love d’un chat bot

Digisexualités, loi du marché et coeurs brisés

Trois poèmes, trois plumes pour évoquer la rencontre ou la rupture.


Colis vide

J’ai reçu hier

Dans ma boite aux lettres

Un colis vide

Il était à adressé à mon nom,

96 rue Philippe de Girard,

75018, Paris,
FRANCE

Je l’ai ouvert le cœur battant,

Pour ne trouver qu’un trou béant

Un colis vide

J’ai allongé mon corps

Sur le parquet froid

Devant la machine à laver

Qui tournait, tournait, tournait

Au bord de l’implosion,

On s’est mise à trembler

Elle avait l’écume aux lèvres

Devant mes yeux vitreux

Je pensais que tu me donnerais des mots

A mâcher et recracher

Des mots

Pour réparer le vide

Que tu avais creusé

Avec ton silence
écœurant

Mais ce vide envoyé du Portugal

Il a ta voix

Il me dit que tu continues d’exister

au 36 rue Poiais de São Bento,

Lisbonne,

PORTUGAL

Et ça réchauffe le parquet


Albane Akoun




Rire Chaud

Le bus traverse les montagnes, je les regarde et je pense que je ne pense jamais à elles, ni a toute forme de nature, rien à foutre de la nature la plupart du temps. Mais pas aujourd’hui. Aujourd’hui je me dis bravo les montagnes. Je me suis mise seule au fond pour pouvoir dormir, je les entends parler au loin. Elles rigolent, se filment, discutent. Je les regarde depuis mon chagrin latent, comme un voile sur les yeux. Je vais m’endormir en écoutant leur rire. Il y en a une, elle a un rire de trompette, et une voix chaude, une voix pleine de joie qu’on a envie d’écouter souvent, qu’on a envie d’écouter dire n’importe quoi. Peut-être que si mon cerveau n’était pas embrumé, si son activité neuronale n’était pas ultra-ralentie, si je rentrais dans une réflexion, je me dirais qu’elle a de quoi me plaire, qu’elle est en train de commencer à me plaire déjà là, rien que par sa voix pleine, son rire chaud et sa joie bruyante. Mais je suis trop fatiguée pour commencer à penser à ça, je regarde les montagnes et m’endors.

Une voiture est venue nous  chercher pour gravir la route rocailleuse, nous sommes quatre, trois monte à l’arrière dont moi et rire chaud. Nous sommes à côté, nous sommes serrés, c’est la fin de l’été, nos cuisses moites se touchent, malgré l’abrutissement crée par la sortie de sieste, je sens quelque chose se détendre. Plus tard elle me dira que c’est là qu’elle est tombée amoureuse. Dans la voiture, sans nous parler, juste à être à côté, juste à se sentir.

On est sur le télésiège avec rire chaud, on a grimpé pour changer de point de vue. Sans encore tout à fait me le dire avec des mots dans la tête, je commence à être troublée. Je pense que je pourrais l’embrasser mais  je m’amuse trop avec elle pour rompre ce moment par une forme de sensualité. Et puis j’ai peur soyons honnête, alors je préfère continuer à faire l’enfant, encore un temps.Un jour on se perd dans la foret, la nuit tombe et nous n’avons aucune idée de comment retrouver la maison, on ne rit plus beaucoup, on chuchote de peur, et si on devait dormir dehors cette nuit ? Et si on se faisait attaquer par les loups, les ours et les esprits, alors ce serait notre première nuit ensemble, ce serait sous les sapins, ce serait peut-être la première et la dernière. On est pas loin de se tenir par la main quand la maison apparaît. Sauvées.

On a bu, de soulagement, beaucoup. C’est le soir, Rire chaud me fait écouter de la musique brésilienne, me traduit les paroles, me ravit. L’alcool aidant nos bouches tombent l’une sur l’autre, avec maladresse et vin rouge renversé. L’histoire commence. Au milieu des montagnes qui nous surveillent. Bravo les montagnes.


Siloé Saint Pierre




Haiku du dating

Fantasme ou réalité

L'algorithme choisira

Tout se mélange


Mathilde Vernay

Poèmes

Pourquoi Paris est-elle la capitale de l'amour ?

C’est la question qui guide la vidéo que vous vous apprêtez à voir. Mais avant, quelques précisions sur la production de ce format qui mêle archive, IA et prospective. Réaliser Pari Postal c’est toujours un gros morceau, entre les semaines de recherches, de fouilles d’archive pour décider si telle et telle histoire pourront faire lien, pour construire un récit autour du thème abordé, ici celui de la rencontre amoureuse. Pas mal de tergiversations aussi pour savoir quel endroit de Paris serait le plus emblématique pour représenter l’amour. Difficile de trancher alors ce sera la ville en elle-même, ses différents recoins et surtout le mythe lui-même qui lui colle à la peau.

Toutes les histoires - jusqu’à la partie future - sont des histoires vraies, basées sur des archives image et texte. Une liberté a été prise pour écrire les différentes voix et choisir celles qui les incarnent, via génération IA sur l’application Eleven Labs; les visages sont eux animés sur l’outil HeyGen. Pour incarner le visage de Paris ce sont plusieurs outils, entre le dessin et l’application Pimento.design qui ont été choisis. Enfin pour générer les images de futurs cupidons, c’est Midjourney et Pimento, deux IAs génératives d’image qui ont été utilisées. Bon visionnage ici ou encore sur notre chaîne YouTube ici, où vous pourrez laisser des commentaires si le coeur vous en dit !



Création vidéo, Pari Postal

Le p'tit bal musette, Marcel's & l'Orchestre Musette Gigetto, 1930, à écouter ici

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